Mathieu Paul Gabriel graduated top of his class in 2005 from the prestigious school “Les Gobelins”, and more precisely, from the “photography / photoshoot”section.

Fascinated, as a child, by the TV programs of the 80’s, he soon discovered the first Japanese cartoons that were broadcasted in France. He then started playing video games and got to know their pixel-made heroes, and “StarWars”, “ Back to the future”, “Ghostbusters” or even “Indiana Jones” quickly became his favourite movies. This large heritage has had, of course, a real and long-lasting impact on Mathieu’s imagination.
The few stolen glances at pictures he saw in his elder brother’s books, such as “The Amazing Spider Man”, increased his curiosity for comics, and more precisely for the American ones (with their lot of masked vigilantes in colorful spandex suits and flamboyant super-villains), that he particularly liked drawing.
The arrival of the home video cassettes, and the time Mathieu spent wandering in the video stores, largely contributed to his culture of what we can call the “pop culture”, and raised his interest for science-fiction movies, which eventually determined a large part of the visual identity of his work.
Despite his special skill for drawing, he opted for a scientific cursus in school,  but continued his artistic activities by attending art classes. It’s there that he discovered photography, but also classical painting and more precisely the art of Italian painters of the Renaissance, which will truly influence Mathieu’s work on portraits.
After his « Baccalaureat » (graduation from high school), he went to the university and studied philosophy, before coming back to his passion, photography, as he brilliantly passed the exams to join the prestigious school "Les Gobelins". At that time, he discovered studio photography, photo retouching and learned how to work with lighting. He there met Dimitri Tolstoï, a famous still life photographer. They worked together for 6 years, during which Mathieu started to work in advertising.
Since 2010, Mathieu has been working as an independent photographer and creative retoucher, and also gives classes in the photography section of the parisian art school “Ecole de Condé”.
Mathieu Paul Gabriel, an atypical photographer, enjoys diving into the memories of his childhood, half real, half dreamed, where fairy-tales characters, “B” movies monsters, "damsels in distress" from pulps' covers and superheroes are mixed up all together. A hybrid kind of art, halfway between photography and drawing, that finds its inspiration in both pop culture and classical painting.
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Photographe de formation mais illustrateur de cœur, Mathieu Paul Gabriel est diplômé de la section photographie/prise de vue de l’école de l’image Gobelins dont il est sorti major de promotion en 2005.
Son enfance passée devant la télévision des années 80 le voit d’abord grandir au milieu des premiers dessins animés japonais diffusés en France, des consoles de jeux vidéos et de leurs héros de pixels et des films aujourd’hui devenus des classiques de l’entertainment, comme Star Wars, Retour vers le futur, Ghostbusters ou Indiana Jones. Un triple héritage télévisuel, cinématographique et vidéoludique qui va durablement imprégner son imaginaire.
Quelques cases entrevues à la dérobée dans les pages des albums Strange de son frère aîné aiguisent aussi sa curiosité pour la bande dessinée et plus particulièrement pour le comics américain, avec son lot de justiciers masqués aux uniformes chatoyants et de super vilains hauts en couleurs qu’il s’exerce à reproduire au crayon.
L’avènement de la cassette VHS et des heures passées à arpenter les rayonnages des premiers vidéo clubs achèvent de lui forger une culture de l’image «populaire» ainsi qu’une prédilection pour le thème du fantastique qui détermineront une grande part de l’identité visuelle de sa production à venir.
En dépit de ses aptitudes pour le dessin, c’est la filière scientifique qu’il choisit même s’il continue d’exercer son coup de crayon en fréquentant l’atelier d’arts plastiques de son lycée. C’est là qu’il découvre la photographie, mais aussi la peinture classique et tout particulièrement l’esthétique des maitres italiens de la renaissance qui influencera beaucoup son travail sur le portrait.
Son baccalauréat en poche, il mène ensuite de brillantes études de philosophie avant de retourner à ses premières amours en présentant avec succès le concours d’entrée de la section photographie de la prestigieuse école de l'image "Gobelins". Il y découvre la photographie de studio, le travail sur la lumière et la retouche numérique et fait notamment la connaissance du photographe de nature morte Dimitri Tolstoï qu’il assiste ensuite pendant 6 ans et auprès duquel il fera ses premières armes dans le monde de la publicité.
Depuis 2010, il est photographe indépendant, infographiste et intervient également en tant que professeur dans le cycle supérieur de photographie des écoles de Condé.
Photographe atypique, Mathieu Paul Gabriel aime à puiser dans les réminiscences d‘une enfance – réelle ou fantasmée – où se télescopent les figures tutélaires des contes pour enfants et les monstres de séries B, les « demoiselles en détresse » des couvertures de pulps d’aventure et les super héros de bandes dessinées. Un art hybride situé à la confluence de la photographie et du dessin et qui emprunte autant à la culture populaire qu’à la peinture classique.
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Festival Pose partage 2015 Interview de Mathieu Paul Gabriel
Mathieu, tu es photographe et enseignant, tu es originaire de cette belle région albertine… Que peux-tu nous dire de plus sur toi pour compléter cette (trop courte) présentation ?
Je suis en effet originaire d’Albert. J’y ai passé toute mon enfance et fréquenté le collège Jean Moulin ainsi que le lycée Lamarck. Une fois mon baccalauréat scientifique en poche, je suis allé à Amiens pour poursuivre des études en Philosophie à l’université Jules Verne. Mon premier objectif était de présenter le concours d’entrée à la FEMIS, école de cinéma, pour devenir réalisateur mais après deux tentatives infructueuses, j’ai fini par me replier sur l’école de l’image Gobelins, surtout connu pour son prestigieux département d’animation, mais qui abrite maintenant depuis cinquante ans une excellente formation en photographie dont la réputation n’est plus à faire dans le milieu professionnel.
J’y suis resté deux ans et suis sorti major de promotion en 2005. Après l’obtention du diplôme, j’ai eu la chance de pouvoir assister immédiatement le photographe Dimitri Tolstoï, grand photographe de nature morte, avec qui j’ai pu faire mes premières armes dans le monde de la publicité. Depuis, nous sommes resté amis et continuons à collaborer ensemble au gré des commandes publicitaires et des projets personnels. Je suis également graphiste (c’est à dire que j’interviens en aval de la prise de vue pour optimiser les images et réaliser les photomontages lorsque c’est nécessaire) et j’ai collaboré à de nombreuses campagnes pour des clients aussi divers que Le bon Marché, Boucheron, Biogaran, Lanvin, Yves Saint Laurent parfums, Armani, Kenzo, Seiko, Moët & Chandon, Coca-Cola, Nespresso, Kusmi, Candia, Biogaran, Fiat …
Enfin, j’enseigne également depuis 2010 la post production numérique dans le cycle supérieur des écoles de Condé Paris. 
Tu es principalement photographe de studio, même s’il t’arrive de capturer des paysages, par exemple. Dans ce dernier cas, est-ce que tu considères la photo obtenue comme une finalité en soi, ou juste un décor à utiliser pour une image précise?
En fait, cela dépend essentiellement de l’intention de base. Lorsque je suis en voyage par exemple, je ne suis pas nécessairement « motivé » par un projet précis. Dès lors, si un paysage se présente à moi, je le reçois pour ce qu’il est et je le photographie pour lui-même, sans arrière-pensée. Le paysage n’est pas ma spécialité mais ça ne m’empêche pas d’être sensible à la poésie d’un lieu, à l’ambiance d’un moment, d’une lumière particulière. Bref, je me comporte alors comme n’importe quel photographe, je cherche mon cadre, j’attends la « bonne » lumière si j’en ai le temps et je « capture » le paysage à un instant t.
A l’inverse, je peux également voyager avec une idée très précise en tête, à la recherche de lieux qui correspondent aux besoins d’un projet (château en ruine, cascade, forêt…). La démarche n’est plus alors la même. Je pars en chasse, ce qui suppose généralement un travail de préparation et de repérage en amont (sur le net notamment) pour localiser le type précis de paysage ou de lieu qui servira au mieux mon projet. D’ailleurs, je les envisage dès lors moins comme des lieux ou des paysages (par essence neutres) que comme des décors qui vont me tenir lieu de «sets» et me permettre d’y intégrer des éléments shootés ultérieurement en studio pour raconter une histoire. Dans cette configuration, je suis alors certainement moins «réceptif» que dans le premier cas de figure car je cherche quelque chose de précis et je peux alors passer à côté de très belles choses sans forcément m’en rendre compte car je focalise toute mon attention sur l’objet de mes recherches. Après, on n’est jamais à l’abri de tomber au hasard sur un lieu qui soudain nous inspire l’idée d’une future mise en scène…
Enfin, dernier cas de figure, il m’est aussi arrivé de ne shooter un paysage que dans l’intention d’en extraire certains éléments pour composer ensuite en post-production ce que l’on appelle un matte painting, c’est à dire un décor factice, recomposé à partir d’éléments hétéroclites shootés à des endroits et sous des conditions différentes. Là, très clairement, on n’est plus du tout dans la poésie. L’acte de photographier ne consiste plus, dés lors, qu’à s’approvisionner en matériaux de base pour se constituer une banque d’images dans laquelle on viendra piocher des éléments (roches, pavés, nuages, textures…) au gré de ses projets. Je comprends que cet aspect puisse rebuter et faire « tiquer » les puristes qui voient dans la photographie la capture d’un instant t. Alors disons qu’il ne s’agit plus de photographie stricto sensu mais plutôt de «photographisme» comme l’appellent certains. Ce n’est ni mieux, ni moins bien que la photographie « classique », c’est simplement autre chose.
Tu as l’habitude de sculpter tes sujets avec la lumière. Comment appréhendes-tu les photos en extérieur, où tu ne peux pas tout contrôler (à l’inverse du studio) ? Est-ce que tu travailles uniquement en lumière naturelle, ou tu emportes aussi du matériel de studio ?
Il est vrai que pour moi qui suis habitué à shooter principalement en studio et à construire ma lumière à l’aide de flashs, la photographie en extérieur n’est pas mon genre de prédilection. Pour le moment, j’ai toujours choisi de photographier mes modèles en studio et si j’ai besoin de les intégrer dans un environnement particulier, soit je reconstitue ce décor en studio lors de la prise de vue, soit je choisis de réintégrer mes modèles dans des décors préalablement photographiées et/ou montées sur Photoshop à partir d’éléments divers selon la nature du projet.
Pour répondre à la question, j’appréhende donc la photographie en extérieur car je sais pertinemment que je ne pourrais pas gérer la lumière comme je peux le faire en studio où il m’est possible de placer mes intentions de lumière là où je le souhaite. Par ailleurs, shooter en extérieur implique également d’être dépendant des conditions météorologiques et du temps d’ensoleillement… Bref, on est loin des conditions idéales que peut offrir le « cocon » du studio.
La meilleure solution serait évidemment de pouvoir combiner les deux techniques en shootant à l’extérieur à l’aide de flashs. Malheureusement, les flashs que j’utilise ne sont pas autonomes (c’est à dire qu’ils doivent être alimentés par un générateur indépendant qui fonctionne sur secteur). Par ailleurs, ce type de shooting exige une certaine logistique…mais pourquoi pas ?
Tu maîtrises particulièrement bien la lumière et son influence sur le ressenti d’une image, le tout au service de compositions efficaces. Quelles sont tes références à ce niveau, en photographie comme en peinture ?
J’ai très peu de références « photographiques ». C’est certainement parce que la photographie représente pour moi plus un moyen qu’une fin en soi. Si je suis photographe de formation, je reste illustrateur de cœur. Et c’est donc dans la peinture que je puise la plupart de mes sources d’inspiration, la peinture renaissante, notamment et particulièrement l’œuvre des peintres maniéristes du XVIeme siècle italien. Leur exceptionnelle maitrise de la lumière, l’intensité des visages, leur immobilité quasi marmoréenne ont beaucoup influencé mon travail sur le portrait. A des années lumières, les couvertures tape à l’œil et hautes en couleur des pulps d’aventures des années 60 sont une autre de mes grandes références, notamment pour leurs lumières.
Côté photographes, je suis toujours bluffé par les images d’Erwin Olaf ou d’Eugenio Recuenco. J’ai d’ailleurs découvert le travail de ce dernier à l’occasion de l’édition 2007 du calendrier Lavazza pour laquelle il s’était fortement inspiré de l’esthétique des comics qu’il avait mêlée à celle du film noir. Le résultat était magnifique, ludique et très illustratif. Plus récemment, j’ai également découvert le très beau travail de Vee Speers.
Pour rester dans les influences : tes séries peuvent illustrer des sujets aussi divers qu’Alice au pays des merveilles, le Cluedo, le tarot divinatoire, ou des scènes spatiales avec des robots géants, ou une femme des cavernes face à des dinosaures. Quelle sont tes sources d’inspiration ?
Comme je l’ai dit, les couvertures de comics, de pulps et la peinture renaissante sont mes grandes sources d’inspiration. Des dessinateurs comme Adam Hugues et Alex Ross, dans des styles pourtant très différents, me fascinent par leur gestion de la lumière et leur art de la composition. La série d’images que j’ai conçue avec Lucie Lucas (tout à tour exploratrice, astronaute ou femme des cavernes) est d‘ailleurs une sorte d’hommage aux séries B et aux pulps covers, avec leur lot de « damsels indistress » et de monstres improbables. En dépit de moyens modestes et d’effets spéciaux un peu cheap, les films de série B compensaient souvent par de très belles affiches, colorées et très aguicheuses et qui sont devenues des icônes de la pop culture. Je revendique volontiers ce côté « geek » même si ma production ne s’arrête pas à ça.
Tu produits des portraits « simples » aussi bien que des images avec un travail de retouche, de montage et d’incrustation incroyable qui peuvent regrouper des dizaines de photos différentes. Est-ce qu’il t’arrive d’imaginer une image trop complexe à réaliser, ou est-ce que ça devient en ce cas un défi à relever ?
Lorsque l’on se frotte au photomontage, les idées de projets difficiles ne manquent pas ! Mais je suis quelqu’un d’assez patient et de déterminé et il m’est arrivé de mettre en veille la post-production d’une image pendant de longs mois avant d’y revenir une fois la situation « débloquée », car ce qu’il faut bien comprendre, c’est que tout les éléments présents dans mes images sont d’origine photographique. C’est à dire qu’il n’y a aucun élément dessiné ou produit en synthèse.
S’il doit par exemple y avoir un dinosaure au premier plan sur l’image, alors il faut que je puisse le photographier d’une manière ou d’une autre, en tout ou partie. En l’occurrence, je m’étais dit qu’un jouet devrait pouvoir faire l’affaire sauf que les jouets disponibles sur le marché ne sont pas suffisamment réalistes et qu’ils manquent cruellement de détails une fois l’échelle agrandie. Lorsque l’on shoote pour un client et que l’on dispose d’un budget en conséquence, il est toujours possible de faire réaliser certains objets ou accessoires par un model maker qui va sculpter dans de la résine ce dont on a besoin, avec un degré de réalisme très poussé, adapté à la photographie. L’autre solution est de faire réaliser l’objet en synthèse sur ordinateur mais on n’est clairement plus alors dans le même métier d’autant que la paternité de l’image devient dès lors plus difficile à déterminer. Il a donc fallu que je me procure une résine de dimensions honnêtes que j’ai pu photographier ensuite en studio. Je l’ai ensuite considérablement modifiée en repositionnant les membres comme je le souhaitais (j’avais pris soin de multiplier les angles à la prise de vue) et en lui superposant des textures de peau d’iguane et de caméléon précédemment shootées et que je stockais en banque, pour accroître le réalisme et pallier les imprécisions et malfaçons commune à toute résine manufacturée, même produite en édition très limitée (comme c’était le cas). Le plus amusant dans cette histoire est que je ne m’étais pas un seul instant imaginé que ça me donnerait autant de fil à retordre ! Ca a pris un certain temps, j’ai même abandonné un moment l’image et puis j’y suis revenu et l’ai finalement terminée. En tout, presque une année !
Lorsque je suis sorti de l’école, j’étais curieusement assez naïf et très optimiste. Il y a une sorte de candeur enthousiaste qui vous fait croire qu’avec un outil comme Photoshop, tout est possible ! Avec l’expérience, je sais désormais quelles peuvent être mes limites ainsi que celles du logiciel. J’ai aussi beaucoup appris de mes erreurs. Il m’est par exemple arriver de reprendre certaines retouches que je croyais bien réalisées et définitives et dont je me suis rendu compte, avec le temps, qu’elles n’étaient pas aussi fines que je le pensais…Je fais miens les propos de Paul Valéry lorsqu’il disait : « on ne termine pas un poème, on l’abandonne ». C’est un peu la même chose avec un photomontage, on sent confusément quand le moment est venu de le laisser en l’état.
Outre tes projets personnels, tu travailles pour des clients extérieurs, notamment pour de la publicité. Comment se déroule une prestation de ce type, où tu as un cadre imposé (collaborateurs, délais, coûts) ?
Lorsque tu travailles pour un client, notamment en publicité, il existe toute une chaine de commandement et d’intermédiaires, avec des étapes très précises. Pour faire simple, un client désireux de promouvoir son produit va s’adresser à plusieurs agences de communication et les mettre en concurrence. Chacune d’elle va alors faire travailler une équipe composée d’un ou plusieurs directeurs artistiques placés sous la supervision d’un directeur de création. Le client va ainsi pouvoir comparer les propositions que va lui soumettre chaque agence. Une fois le choix du client fixé sur un projet, l’acheteuse d’art de l’agence qui a remporté le budget (ce sont généralement des femmes qui occupent ce poste) va alors contacter plusieurs photographes (généralement deux ou trois) dont elle connaît le travail et qui seraient, selon elle, les plus compétents pour réaliser les images.
C’est donc à partir de ce niveau que l’on intervient. L’agence nous communique les détails de la campagne à réaliser, la nature du ou des visuels (illustrés à l’aide de roughs ou de maquettes, qui vont faire fonction de cahier des charges) et surtout le plan média : utilisations prévues (affichage abribus, 4x3, publicité sur lieux de vente, fascicules, internet ?), pendant quelle durée et sur quelle zone géographique (France, pays francophones, Europe, Asie, Monde ?). Ces informations permettent d’établir ainsi un devis intégrant non seulement les honoraires de réalisation des images, les frais relatifs à la post-production et le montant des droits d’auteur.
Il arrive fréquemment que l’on joigne au devis un échantillon d’images représentatives de son travail et particulièrement adaptées au type de projet pour lequel l’agence nous démarche, qui permettra au client de fixer son choix et à l’agence d’appuyer au besoin sa recommandation.
Une fois le devis validé, les choses sérieuses commencent ! La pré-production permet de réunir pour la première fois tous les acteurs (client, agence, photographe et prestataires éventuels tels qu’infographistes, model makers, maquilleur(se)s, stylistes…) afin de déterminer quels seront les moyens à mettre en œuvre pour réaliser au mieux l’image et anticiper les problèmes liés à la post-production. A ce niveau, le client a validé une proposition que lui a soumis l’agence et le photographe a été engagé pour servir au mieux de ses capacités et de son talent cette proposition. Dis comme ça, on pourrait donc croire que le photographe n’est qu’un simple exécutant. Toutefois, on attend justement du photographe qu’il apporte sa vision du projet ! Il va donc soumettre des propositions, notamment de lumière, de cadrage… Il arrive qu’on puisse lui imposer certaines choses mais il reste libre la plupart du temps du choix des collaborateurs tels que maquilleur(se)s, styliste(s), etc… qui interviendront sur le shooting.
La prise de vue se déroule le plus souvent en présence du client ou de l’un de ses émissaires, en collaboration étroite avec le directeur artistique et sous le contrôle «bienveillant» des commerciaux et de l’acheteuse d’art qui peuvent décider, en fonction de l’importance du client, d’accompagner le projet jusque dans sa phase effective de réalisation. Si l’on ajoute les assistants et les stagiaires, certains shootings sont parfois très peuplés.
Commence ensuite la dernière phase, celle de post-production (ou de retouche) que le photographe va superviser et orienter de conserve avec le directeur artistique.
Les délais sont généralement assez courts, même si la post-production peut s’étaler sur plusieurs semaines en fonction de la nature des images à produire.
Quand un client fait appel à toi, quelle liberté créatrice as-tu dans le rendu final de l’image ? Est-ce que tout est imposé, ou tu peux suggérer des orientations ?
Toute la difficulté pour le photographe est de réussir à répondre à un cahier des charges précis établi pas le client et le directeur artistique (D.A.) tout en apportant son propre regard créatif. Evidemment, cette latitude ou marge de manœuvre est plus ou moins étroite selon les clients, les agences, les D.A. … et il appartient au photographe de savoir s’en emparer avec intelligence.
Le marché de la photographie est très concurrentiel. Quel est ton ressenti sur les difficultés du métier de photographe, sa subsistance vis-à-vis de technologies toujours plus performantes qui font croire au grand public que faire une photo, c’est à la portée du premier venu ?
Soyons objectifs (attention, jeux de mots !), tout le monde, aujourd’hui, est devenu photographe en ce sens que l’appareil photo que l’on sortait autrefois pour les grandes occasions nous accompagne désormais dans la vie de tous les jours. Avec les Smartphones modernes, tout le monde a un appareil photo au fond de son sac ou dans la poche. On n’a d’ailleurs jamais autant produit et publié de photos. La photographie est devenue omniprésente, qu’il s’agisse des selfies, des lolcats ou des photos de bouffe qui inondaient il n’y a pas encore si longtemps le web !
Dans ces conditions, difficile de faire admettre aux gens que la photographie reste un véritable métier.
L’avènement du numérique a introduit en photographie une véritable révolution, comme il l’a fait ailleurs, en musique, par exemple, en démocratisant un outil qui demandait jusque là une certaine connaissance technique ainsi qu’une forme de discipline intellectuelle : en argentique, on ne disposait que de 24 ou 36 vues par bobine, parfois moins dans le cas du moyen format. Il fallait donc réfléchir à son image, prendre le temps de la penser. Comme on ne pouvait pas trop se permettre de gâcher de la pellicule, on contrôlait le cadre, on examinait la composition, on vérifiait deux fois plutôt qu’une les réglages de son boîtier. Bref, l’argentique induisait un rapport différent à l’image, fait de patience, de minutie, de parcimonie. Aujourd’hui la moindre carte SD peut contenir plusieurs centaines d’images. Par ailleurs, le numérique offre un aperçu instantané de l’image produite et permet donc de pouvoir rectifier au besoin ses erreurs. Enfin, le format de capture RAW offre une telle plasticité de traitement qu’il est devenu pratiquement impossible de louper une image. Avec le numérique, tout semble soudain plus simple, plus accessible mais aussi moins précis, un peu plus brouillon qu’autrefois. Tout cela induit donc de nouveaux comportements. Il n’y a qu’à voir les jeunes générations : elles consomment de l’image comme du fast-food. Aussitôt produites, aussitôt publiées sur instagram ou facebook, commentées, likées, twittées, retwittées pour être remplacées par d’autres dès le lendemain… On n’est plus dans le même rapport à l’image. La photographie s’est définitivement désacralisée, c’est devenu un bien de consommation comme un autre !
Professionnellement parlant, le numérique a également profondément changé le métier. Il y a encore dix ou quinze ans, on pouvait prendre une ou deux journées (parfois même plus) pour installer un plateau et shooter à la chambre 4x5 une seule image de pub. On prenait le temps de peaufiner les lumières dans les moindres détails car la post-production n’avait pas encore pris la place qu’elle occupe aujourd’hui dans le processus de création. Il fallait donc livrer une image la plus aboutie. La retouche n’était là que pour lui apporter quelques corrections mineures. De nos jours, ce rapport s’est totalement inversé et la retouche occupe une place de plus en plus prépondérante. Plus question de ne shooter qu’une seule image dans la journée ! Les délais ont fondu avec le numérique et ce qu’on ne nous donne pas le temps de faire à la prise de vue, la retouche y pourvoira. Elle devient même par fois une « béquille » assez commode pour des directeurs artistiques ou des clients indécis qui se réservent le droit de trancher non plus à la prise de vue, mais lors de la post-production. Combien d’images sont ainsi désormais véritablement conçues lors de la retouche ? En tant que photographe, on vous demande souvent de couvrir alors un maximum d’options possibles pour « assurer les arrières ». Bref, là aussi, les comportements ont changé et pas forcément en mieux. A nous photographes professionnels de ne pas tout accepter pour préserver la qualité de nos prestations et le respect de notre profession.
Après, le numérique n’a évidemment pas que des points négatifs. Je suis arrivé dans cette profession lorsque la transition s’effectuait et que la plupart des pros passaient au numérique et pour avoir vécu ce passage, je ne voudrais pour rien au monde revenir en arrière. Les possibilités offertes par le numérique sont exceptionnelles (notamment en terme de traitement de l’image) et s’il a rendu l’outil photographique plus accessible à un plus grand nombre, il ne démocratise pas pour autant le talent.
Quels conseils pourrais-tu donner à un débutant, ou un amateur, qui voudraient commencer une carrière de photographe professionnel ?
La photographie professionnelle est d’abord un marché particulièrement concurrentiel où il est difficile de percer. Mais mon premier conseil serait évidemment d’y croire. Sans réelle motivation, il vaut mieux se tourner de suite vers d’autres horizons.
Ensuite, je pense que c’est une profession qui n’existe plus vraiment en tant que telle. C’est à dire qu’un jeune ne peut plus seulement se contenter d’être photographe, il doit avoir plusieurs cordes à son arc et proposer d’autres choses dans des domaines aussi différents et complémentaires que la direction artistique, le graphisme, la vidéo, et d’autres média. Il doit être protéiforme.
Enfin, c’est un métier difficile mais passionnant qui mérite qu’on s’y investisse totalement. Il faut donc être exigeant avec soi-même, toujours rester critique vis à vis de son travail, ne pas compter son temps, ni ses efforts. Comme tous les métiers-passions, c’est parfois un véritable calvaire mais aussi la source de nombreuses joies. C’est un peu un sacerdoce, je le considère d’ailleurs comme une profession de foi, au sens propre comme au figuré.
As-tu des projets en préparation dont tu peux nous parler en avant-première ?
Les projets ne manquent pas, ce sont le temps et l’énergie (parfois) qui manquent pour les réaliser. Il y en a trop pour que je puisse vous en parler. Disons que celui sur lequel je souhaiterais concentrer pour le moment mes efforts est inspiré du Tarot divinatoire et de ses 22 arcanes majeurs. Je sais dors et déjà qu’il s’agit d’un projet de longue haleine qui prendra certainement beaucoup de temps pour aboutir mais il m’est très cher. J’y consacrerais donc le temps et les efforts nécessaires…même si cela doit prendre plusieurs années.
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